En Essonne, la culture se vit
« La culture ne s’hérite pas, elle se conquiert. »
Alors que nous commémorons à Verrières-le-Buisson, le 50ème anniversaire de sa mort, il y a dans cette phrase d’André Malraux presque tout ce que nous voulons dire de la culture en Essonne.
Notre patrimoine n’est vivant que lorsqu’une génération nouvelle s’en empare, le regarde avec ses propres yeux et y ajoute quelque chose d’elle-même. L’Essonne raconte admirablement cette histoire.
Il y a d’abord ce qui nous précède. Nos châteaux et nos jardins, nos paysages, les lieux habités par Cocteau, les traces laissées par les artistes et les écrivains. Il y a aussi cette autre part de notre patrimoine, parfois moins visible : celle des scientifiques, des chercheurs, des femmes et des hommes qui ont fait de notre territoire une terre de découverte et d’expérimentation. Les Journées européennes du patrimoine viennent encore de nous rappeler la beauté de cet héritage.
Le patrimoine que nous célébrerons demain est aussi en train de naître aujourd’hui. À la fin des années 1980, à Lisses et à Évry, quelques adolescents ont regardé leur ville autrement. Là où l’on voyait des murs, des escaliers ou du mobilier urbain, ils ont vu des lignes à franchir et un espace de liberté à inventer. Ils s’appelaient les Yamakasi. De cette aventure essonnienne est née une pratique devenue mondiale : le parkour.
Que le FISE s’installe aujourd’hui en Essonne prend alors un sens particulier. Ce n’est pas simplement accueillir un grand événement sportif. C’est voir revenir sur sa terre d’origine une culture née ici, devenue universelle, et désormais transmise à une nouvelle génération.
Entre les châteaux qui traversent les siècles, les maisons d’écrivains, les lieux de science et les cultures urbaines, il y a évidemment des mondes. Mais il y a une même histoire : celle des femmes et des hommes qui créent quelque chose qu’ils ne savent pas encore destiné à leur survivre.
C’est pourquoi je ne crois pas à l’opposition entre patrimoine et création. Préserver n’est pas figer. René Char écrivait dans ses Feuillets d’Hypnos : « Notre héritage n’est précédé d’aucun testament. »
Il nous faut nous défaire du filet de protection qu’est la tradition. Chaque génération reçoit des œuvres, des lieux, des paysages, une mémoire mais il lui appartient de décider ce qu’elle veut en faire et ce qu’elle laissera à la génération suivante, à son tour, non comme un testament contraignant mais comme un héritage inspirant. C’est l’une des caractéristiques de notre civilisation.
François Durovray
Président du Département de l'Essonne