Avec les sapeurs-pompiers dans la nouvelle ère du risque
Mercredi 30 septembre s'est ouvert à La Roche-sur-Foron et à Annecy le 132e congrès national des sapeurs-pompiers. Dès le premier après-midi, une séance entière a été consacrée au retour d'expérience des feux de forêt de l'été.
C’était en juillet, c’était donc hier que nous avons connu ces feux et « Fontainebleau » a changé la manière dont l'Île-de-France doit penser sa sécurité. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère du risque. Le dérèglement climatique ne se traduit plus seulement par des projections ou des alertes lointaines. Il a transformé les conditions dans lesquelles nous devons protéger nos habitants, nos forêts et notre territoire. Les feux d’ailleurs que nous regardions autrefois sur nos écrans, nous pouvons les filmer désormais sur nos lieux de vie.
Avant « Fontainebleau », nous avions anticipé
Pour combattre le feu de juillet dernier dans la forêt de Fontainebleau, jusqu’à 950 sapeurs-pompiers et personnels de secours avaient été engagés. Le SDIS de Seine-et-Marne a tenu la première ligne, avec les renforts des Yvelines, du Val-d'Oise, de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris et bien sûr de l'Essonne. Dans notre Département, nous avons aussi déploré des feux sur le massif des Trois-Pignons, dans la forêt de la Grange, dans le parc naturel du Perray.
Des femmes et des hommes de notre corps départemental ont passé ces journées de lutte et ont pris des risques. Je veux à nouveau les remercier ici, ainsi que les membres de la Sécurité civile, les unités militaires et les agriculteurs venus prêter main-forte.
Je vois dans cette mobilisation l'une des forces de notre modèle territorialisé et je veux regarder plus loin. Une sécheresse extrême et des sols sableux qui retiennent mal l'eau ont permis aux flammes de courir à une vitesse que nos équipes n'avaient jamais affrontée en Île-de-France. Les incendies y seront plus fréquents et plus rapides. Il faudra les repérer dès les premières fumées, puis arriver plus nombreux et mieux équipés. Le défi logistique ne peut être relevé qu’à la condition d’une stratégie d’anticipation et d’innovations. Avant les incendies de cet été, avant « Fontainebleau », nous nous étions préparés en Essonne en anticipant sur les matériels (casques, cagoules, lances perforantes) ou les réseaux de communication.
Pendant les quatre jours du Congrès national, les Sapeurs-Pompiers de l’Essonne ont pu montrer et partager leurs innovations :
Notre Département les a équipés des casques du leader mondial ainsi que de cagoules filtrantes contre les particules fines et les composés toxiques dégagés lors de feux de forêt ou des feux urbains. Ils étaient ainsi les seuls à porter ces cagoules lors des feux de cet été.
Autre exemple de la capacité d’innovation du SDIS 91, à Tigery, le déploiement des lances perforantes est une réponse efficace et unique en Ile-de-France contre les incendies de batteries des véhicules électriques ou hybrides. En quelques mots, ces lances perforent le blindage métallique ou le châssis en quelques secondes pour atteindre le cœur de la batterie et éteindre l’incendie.
En matière de transmissions, l'ACMOSS modernise les réseaux de communication en remplaçant ce qui serait l’ancienne radio des pompiers par un système équivalent à un smartphone géant ultra-sécurisé (le Réseau Radio du Futur). Grâce au très haut débit, ce réseau innovant offre un partage instantané des flux vidéo aux équipes de secours et de crise lors d'incidents ou de menaces.
Ajoutons qu’à Lisses, le Département finance l’atelier mécanique départemental du SDIS 91 qui permet d'entretenir et de réparer les équipements ainsi que la flotte de véhicules indispensables aux interventions. La stratégie de lutte contre le feu est une préparation quotidienne tout au long de l’année.
Le feu ignore les frontières départementales
Le Congrès a enfin été l’occasion de redire que le feu ignore les frontières. Les Départements sont les premiers financeurs des sapeurs-pompiers de France. 3,3 milliards d'euros à l'échelle nationale. En Île-de-France, nos départements consacrent chaque année environ 560 millions d'euros à leurs SDIS. Cet argent paie des recrutements, soutient le volontariat, modernise les centres de secours, renouvelle les véhicules et fait fonctionner les réseaux de communication sans lesquels aucune intervention ne se coordonne. L'État organise la réponse opérationnelle. Les Départements donnent aux sapeurs-pompiers les moyens d'agir. En Essonne, nous avons une particularité, le Département finance 100% de son SDIS.
Jusqu'ici, chaque Département investissait pour son propre territoire, mais le feu ignore les limites départementales. Alors nous avons décidé d'investir ensemble. Avec les autres Présidents de départements franciliens, nous engageons le Fonds de solidarité interdépartemental d'investissement sur un programme précis, avec des dates.
Le premier volet consiste à voir le feu naître. Des caméras de longue portée, couplées à l'intelligence artificielle, couvriront 100 % des massifs forestiers franciliens dès 2027. Ce déploiement s'appuie sur une expérience essonnienne. Le 28 juin dernier, le SDIS de l'Essonne a mis en service Pyronear, une intelligence artificielle open source qui repère les fumées sur les images des caméras, sur les massifs de Sénart et des Trois Pignons. Quatorze jours plus tard, le feu partait des Trois Pignons. Le bilan de cette première saison, que le SDIS établira cet automne, servira de socle au dispositif régional.
Le deuxième volet porte sur les équipements. L'Association des Départements d’Ile-de-France (ADIF) mobilise 4 millions d'euros supplémentaires pour des matériels partagés entre les SDIS franciliens et la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris : véhicules spécialisés pour les feux d'espaces naturels, moyens de gestion de l'eau, outils de commandement et de communication, protections des personnels. Ces matériels coûtent cher et un seul département ne les mobilise que quelques jours par an. Achetés en commun, ils servent l’intérêt général. Ces crédits s'ajoutent à ce que chaque Département consacre déjà à son SDIS.
Une stratégie construite avec ceux qui affrontent le feu
Le troisième volet est une méthode. Début 2027, l'ADIF réunira les premières Rencontres interdépartementales du feu. Autour de la table siégeront les Départements, les services de l'État, les SDIS, la BSPP, l'Office national des forêts, les gestionnaires forestiers, les communes concernées et la Région Île-de-France.
Ensemble, nous arrêterons l'affectation des 4 millions d'euros. Ceux qui ont tenu les lignes à Fontainebleau savent quels matériels ont manqué et quels terrains ont ralenti la progression des engins. Leur expérience orientera nos choix. Je rendrai compte ici de l'avancement de ces engagements, une première fois lorsque le bilan de Pyronear sera connu, puis au sortir des Rencontres, pour que chacun puisse mesurer ce qui a été fait et ce qui reste à faire.
Notre réponse s'organise désormais à cette échelle, celle d'une région où les forêts, les routes et les renforts traversent chaque jour les frontières administratives. Unis, les Départements franciliens anticipent pour affronter les étés qui viennent.
En Essonne, nous continuerons de donner aux femmes et aux hommes qui nous protègent les moyens de leur mission, en effectifs comme en matériel.
Dans cette nouvelle ère du risque, protéger l’Essonne, soutenir celles et ceux qui la défendent relève d'un choix de civilisation : celui d'une société qui prépare ses défenses pour devancer le danger.
François Durovray
Président du Département de l'Essonne