Paris-Saclay est un projet essonnien
Paris-Saclay a dix ans
Le 24 juin, à Évry-Courcouronnes, la restitution des ateliers « Paris-Saclay 2035 », sous la présidence de Valérie Pécresse et de Georges-François Leclerc, préfet de la région Île-de-France, a permis de mesurer le chemin parcouru. Une décennie a suffi pour installer ce plateau parmi les pôles scientifiques mondiaux aux côtés de Boston ou de Shenzhen. Le rapport Draghi sur la compétitivité européenne l’a rappelé l’an dernier : l’Europe joue sa place dans la course technologique sur une poignée de territoires comme celui-ci.
Les équipes de calcul du CEA-DAM comptent parmi les plus puissantes d’Europe. Le TGCC héberge une partie de la recherche française en simulation numérique. Mistral AI, Eclairion, Pasqal, Quandela : une dizaine de structures ont fait de l’intelligence artificielle et du calcul quantique une filière essonnienne à part entière. L’État a fixé le cap, avec Valérie Pécresse en première ligne comme ministre. La Région a suivi. Universités et Grandes Écoles ont apporté l’exigence académique, les entreprises la prise de risque industrielle.
Le Département n’a pas regardé ce chantier de loin. Depuis le début des années 2000, il y a engagé 445 millions d’euros : le synchrotron Soleil, le pôle de Massy, les collèges, les infrastructures routières, dont 32 millions pour le carrefour du Christ de Saclay et 53 millions pour le ring des Ulis. Depuis 2016, un contrat de développement territorial nous lie à ce projet. Depuis 2020, une convention avec l’EPAPS. L’Essonne n’a jamais été spectatrice de Paris-Saclay. Elle en est le premier partenaire territorial.
Ma conviction est forte. Ce que Paris-Saclay invente doit se répercuter jusque dans nos communes, nos entreprises, nos emplois. Un pôle scientifique mondial qui ne profite pas à son propre département aura manqué sa mission territoriale.
Saclay a été pensé comme un cluster scientifique et industriel, en complémentarité avec Évry, Massy, Cœur d’Essonne. Le Genopole à Évry, c’est Saclay. La médiation scientifique offerte à nos collégiens, c’est Saclay. Les 4 000 hectares protégés de la ZPNAF, c’est Saclay aussi. Paris-Saclay est un projet essonnien que l’État a su faire grandir et je pense que deux conditions déterminent la suite.
Une nouvelle décennie qui doit irriguer tout le territoire
La première tient à la géographie. Le plateau reste mal relié à ce qui l’entoure. L’arrivée de la ligne 18 changera cette donne. Grégoire de Lasteyrie, vice-président de la Région et maire de Palaiseau, parle d’une nouvelle ère pour Paris-Saclay. Il faudra donc aller loin : prolonger la ligne 18 à l’Est, réinventer l’Orlyval en desserte locale, accélérer les cars express vers le sud de l’Essonne, oser un téléphérique pour franchir l’Yvette. Un chercheur qui met une heure et demie pour rejoindre son laboratoire depuis Évry ou Corbeil-Essonnes cherche un poste ailleurs, ou s’installe hors du Département. Désenclaver le plateau, c’est le relier à ses communes voisines et à leurs habitants.
Le logement pose la même urgence. Fin 2024, 5 % des logements familiaux prévus sur le plateau avaient été livrés, pour un objectif de 50 % d’ici 2035. Nadia Bouyer, directrice générale d’Action Logement, le formule avec justesse : loger Paris-Saclay, c’est lui donner les conditions de devenir une référence mondiale. Les jeunes chercheurs, les doctorants, les ingénieurs doivent pouvoir s’installer à proximité de leur laboratoire, fonder une famille, rester. Sinon, l’Essonne aura formé des talents pour d’autres territoires.
La seconde condition tient à l’industrie. Une découverte française s’industrialise trop souvent ailleurs, faute d’avoir su organiser le passage du laboratoire à la production. C’est l’ambition que je porte pour l’Essonne : les Vallées des Savoirs qui est cette filière indispensable où la recherche, l’innovation et l’industrie avancent ensemble.
Les Vallées des Savoirs : l’indispensable filière
Cette ambition prolonge celle affirmée en février dernier lors de l’Appel de Paris-Saclay, où nous plaidions pour que la recherche redevienne un projet politique à l’échelle européenne.
Genopole a montré la voie : des décennies de recherche fondamentale transformées en filière biotechnologique concrète, avec des entreprises qui recrutent aujourd’hui en Essonne, du chercheur au technicien de production.
De leurs côtés, Hemeris invente déjà l’agriculture de demain sur ce territoire, tout comme la chaire Abiomas, cofinancée par le Département. Data4, lui, a choisi le foncier essonnien pour ses data centers plutôt que d’aller chercher ailleurs des terrains moins contraints. Le foncier existe en Essonne : Orly, le Genopole d’Évry, la base aérienne 217, le long de la RN20. Ce sont les ateliers et les usines de la prochaine décennie, ce sont des emplois de toute sorte qui restent chez nous.
Un progrès partagé bien ancré dans le territoire
La stratégie Paris-Saclay doit dépasser le périmètre de l’Opération d’intérêt national et irriguer le sud francilien, d’Évry à Massy, de Saclay à Cœur d’Essonne, jusqu’à Dourdan et Étampes. C’est pour cette raison que le Département finance, aménage, négocie avec l’EPAPS et avec les maires qui portent les zones d’aménagement au quotidien : ceux qui accordent les permis de construire, raccordent les réseaux, financent les équipements publics qu’attend chaque nouvel habitant. Ce dialogue reste exigeant. Une stratégie de cette ampleur se construit commune par commune, dossier par dossier, mais ensemble.
L’Essonne a la matière grise. Elle a le foncier. Il lui reste à transformer une excellence scientifique en excellence économique, pour que chaque Essonnien, qu’il habite Palaiseau ou Étampes, ressente ce que Paris-Saclay a construit. Dans dix ans, l’Essonne devra pouvoir dire qu’elle a bénéficié de Paris-Saclay au moins autant que Paris-Saclay a bénéficié d’elle, pour un progrès partagé bien ancré dans le territoire.
François Durovray
Président du Département de l’Essonne