L'Europe en Essonne : des actes !
L’Europe d'une génération
J'avais 18 ans quand le mur de Berlin est tombé. Cette nuit de novembre 1989, quelque chose a basculé : une certitude que l'Europe n'était pas une abstraction, qu'elle était une force capable de changer des vies, de déplacer des frontières, de rendre possible ce qu'on croyait figé pour toujours. Cette génération-là a grandi avec l'idée que l'Europe était le cadre naturel de l'avenir.
Je crois à l'Europe d'Erasmus : celle qui envoie un étudiant à Madrid ou à Varsovie et lui fait comprendre, concrètement, ce que signifie appartenir à un espace commun. J'ai cru à l'Europe des Capitales européennes de la Culture : celle qui choisit une ville, la Matera italienne ou la Rijeka croate, et lui donne les moyens de raconter son histoire au continent tout entier. Cette Europe-là, l'Europe de la mobilité, de la science libre, de la culture partagée, je continue d'y croire.
Et c'est précisément parce que j'y crois que j'ai voté Non au référendum de 2005. Non pas par rejet de l'idée européenne, mais parce que le texte proposé enfermait l'Europe dans une logique juridique et bureaucratique qui lui faisait perdre ce qui fait sa force : sa capacité à incarner quelque chose de plus grand que la somme de ses règlements. Ce vote, je l'assume. Il disait une exigence, pas un renoncement.
Aujourd'hui, l'Europe se perd trop souvent dans des règles qui épuisent les agriculteurs, dans des normes qui découragent les industriels, dans des délibérations qui n'aboutissent pas.
Elle doit redevenir ce qu'elle a été à ses meilleurs moments : une source de puissance et un garant de paix.
Le chemin parcouru depuis le 9 mai 1950
Le 9 mai 1950, Robert Schuman proposait de mettre en commun le charbon et l'acier de la France et de l'Allemagne. Ce n'était pas un discours philosophique. C'était une proposition concrète, assortie d'une mécanique précise, au service d'un objectif simple : rendre la guerre impossible entre deux pays qui venaient de se déchirer trois fois en quatre-vingts ans. Robert Schuman ne construisait pas une idée. Il construisait une communauté de destins.
Soixante-seize ans plus tard, la Fête de l'Europe est souvent réduite à un exercice de célébration institutionnelle, loin des réalités des territoires. C'est une erreur. Ce que l'Europe fait change concrètement le quotidien des Essonniens. Ici, les effets de l'action européenne sont dans les laboratoires, dans les logements rénovés, dans les bilans de formation, dans les startups qui lèvent des fonds et qui réussissent.
Ce que l'Europe fait ici, en Essonne
La présence européenne sur notre territoire prend des formes nombreuses et utiles. Elles méritent d'être nommées.
À Paris-Saclay, le programme Horizon Europe finance une part significative des projets de nos chercheurs. L'Université Paris-Saclay est l'une des universités françaises qui déploie une activité de recherche d’excellence internationale s’appuyant sur ses soutiens européens : thèses cofinancées, projets collaboratifs avec des partenaires européens, bourses d'excellence pour attirer les meilleurs chercheurs. Ce que nos laboratoires inventent aujourd'hui dans les domaines de la biothérapie, de l'intelligence artificielle, des matériaux ou du calcul quantique, ils l'inventent aussi grâce à l'Europe. Paris-Saclay est classée parmi les dix premières universités mondiales. Cette performance tient à l'excellence de ses chercheurs soutenue par les moyens que l’Europe a accepté de mettre sur la table. L'Europe a confiance dans l'excellence de nos chercheurs.
En février 2026, en clôture du Paris-Saclay Summit, j'ai soutenu l'Appel de Paris-Saclay avec Valérie Pécresse et Grégoire de Lasteyrie. Cet appel, signé par des universités, des instituts de recherche et des entreprises comme Sanofi, EDF ou STMicroelectronics, interpelle directement l'Europe : il faut que le futur programme-cadre FP10, en cours de négociation pour la période 2028-2034, soit doté d'un budget à la hauteur de l'enjeu. La France ne peut pas, seule, rivaliser avec les investissements américains ou chinois. L'Europe peut le faire. Il ne lui manque que la volonté politique.
Le Fonds social européen (FSE) est une autre réalité essonnienne. Ici, des organismes comme la Faculté des Métiers mobilisent ses crédits pour financer des programmes d'alphabétisation et de français à visée professionnelle, au bénéfice direct des personnes les plus éloignées de l'emploi. Ce sont des femmes et des hommes, souvent issus de l'immigration, qui ont besoin de maîtriser une autre langue pour s'insérer. L'Europe finance une partie de ce travail.
Le FEDER (Fonds européen de développement régional) a financé des réalisations sur notre territoire. À Cœur d'Essonne, le Modul'Air, espace d'innovation, a été financé à hauteur de 42 % par des fonds européens. Des continuités écologiques ont été créées sur la Base 217 grâce au FEDER. Des logements sociaux ont été rénovés thermiquement à Saint-Michel-sur-Orge. Ce sont des familles qui payent moins de chauffage, ce sont des émissions de CO2 en moins, ce sont des résultats concrets en plus.
Ce que l'Europe doit encore faire
Nommer ce que l'Europe fait de bien n'interdit pas de dire ce qu'elle doit encore faire. Et en cette période de tensions géopolitiques, commerciales, énergétiques, la lucidité s'impose.
Je partage et soutiens de larges pans du rapport sur la compétitivité européenne., dit rapport “Draghi”.
L'Europe doit être souveraine, ou elle sera périphérique. Ce constat, que nous partageons à Paris-Saclay avec les acteurs de la recherche et de l'industrie, vaut pour la science comme pour l'alimentation, la défense, les réseaux d'énergie. La dépendance technologique aux États-Unis ou à la Chine n'est pas une fatalité. Elle est le résultat de décennies de sous-investissement et de naïveté commerciale. Mais elle est surtout réversible, à condition que les États membres choisissent enfin de faire cause commune plutôt que de se replier sur des intérêts nationaux de court terme.
Car la souveraineté européenne ne se construira pas État par État. Concernant la défense, le réveil est en cours, mais nous devons accélérer. L'Europe ne peut plus déléguer sa sécurité à d'autres puissances dont les priorités stratégiques divergent des siennes. L’Europe supposera aussi une solidarité industrielle assumée et une politique énergétique qui cesse d'exposer les économies européennes aux chantages extérieurs.
Dans ce contexte international dont les règles semblent dictées ailleurs, nos 665 exploitations agricoles, nos laboratoires de rang mondial, nos startups de haute technologie travaillent et réussissent. La PAC européenne protège en partie nos agriculteurs, mais les accords commerciaux comme le Mercosur créent des distorsions que nous dénonçons. Les fonds européens soutiennent notre recherche, mais les financements publics américains sont sans commune mesure. Une Europe vraiment souveraine, adossée à une solidarité industrielle et énergétique entre ses membres, changerait profondément la donne pour nos territoires : de nouveaux marchés accessibles, des filières de haute technologie mieux financées, une agriculture mieux protégée des concurrences déloyales, des infrastructures énergétiques plus résilientes.
Cette impatience adressée à l’Europe n'est pas de l'euroscepticisme. Au contraire : c’est une exigence envers une institution en laquelle nous croyons, précisément parce que l’Europe est une force et qu'elle peut faire mieux et plus.
Le 9 mai n'est pas seulement un anniversaire. C'est le moment de rappeler que l'Europe n'a de sens que si elle tient ses promesses de protection, de solidarité et de puissance. Et c’est cette solidarité entre États, nations, peuples et territoires qui distingue le projet européen de tous les autres.
En Essonne, nous avons les laboratoires, les territoires, les entreprises et les talents pour réaliser le projet européen car nous avons la conviction que l'Europe, lorsqu'elle choisit de s'unir, peut être à la hauteur du XXIe siècle. Les valeurs de liberté et de progrès qu'elle porte sont celles d'une civilisation nécessaire à un XXIe siècle humain.
L'Europe que j'ai connue à 18 ans, celle qui faisait tomber des murs, avait une ambition et une direction. Le rapport Draghi dit, avec des chiffres et des faits, qu'elle peut retrouver cette ambition. Ce n'est pas inéluctable : c'est un choix politique.
Le 9 mai est un bon moment, aussi, pour le rappeler.
Bonne fête de l'Europe à toutes et tous !
François Durovray
Président du Département de l'Essonne