Aide active à mourir : un référendum pour que les Français décident

© Dircom CD91/T. Cochet-Peduzzi

« Êtes-vous favorable à la proposition de loi relative au droit à l’aide active à mourir telle qu’adoptée par l’Assemblée nationale ? »

En tant que Président du Département de l'Essonne, je suis chaque jour au contact des réalités du grand âge, de la dépendance et de l'accompagnement des personnes les plus vulnérables. À travers les compétences du Département en matière d'autonomie, d'Ehpad et de soutien aux soins palliatifs, je mesure combien les questions de fin de vie dépassent le seul cadre médical pour engager un choix de société

Fort de cette responsabilité de terrain, et alors que 26 Départements sont dépourvus d’unités de soins palliatifs, j’appelle aujourd'hui à ce que la future loi sur l'aide active à mourir soit soumise au vote des Français par référendum

Je considère que le débat sur l'aide active à mourir ne peut être traité comme une réforme ordinaire. Elle touche à notre conception de la dignité, de la solidarité et de la responsabilité collective, elle touche au socle de notre civilisation. 

Sur cette question, les Français doivent se prononcer.

Qu’en pensez-vous ? aam.referendum@gmail.com

L’intégralité de ma tribune dans L’Opinion, 9 juillet 2026.

« La loi sur l'aide active à mourir doit être soumise à référendum »

Alors que la loi renforçant les soins palliatifs a été promulguée, celle relative à l’aide à mourir poursuit son chemin législatif et devrait être adoptée définitivement en juillet à l’Assemblée nationale. Je le dis d’emblée, je propose solennellement que les Français soient consultés par référendum sur la question de l’aide active à mourir.

Le 17 juin, le Conseil constitutionnel a rejeté la proposition de référendum d’initiative partagée. Son motif : la fin de vie, relevant d’une question éthique et non d’une réforme sociale, échapperait au champ de l’article 11 de la Constitution.

Le Conseil a fait son office, et il l’a bien fait. Mais si sa décision arbitre un point de droit, elle laisse pendante la question qu’aucun juge ne peut trancher à la place du politique : faut-il, oui ou non, soumettre cette loi au peuple ? Le droit a parlé. La décision, désormais, est politique.

Appel à Emmanuel Macron

Il n’appartient qu'à une autorité d’en prendre l’initiative : le Président de la République. Gardien de la Constitution, garant de la continuité de l'État et de la cohésion de la Nation, il est le seul à pouvoir reprendre l’initiative là où le cadre de nos institutions atteint ses limites — non pour contourner une décision qu’il doit, le premier, respecter, mais parce que cette responsabilité n’incombe qu'à lui.

La démarche du référendum d’initiative a eu un mérite : replacer la question référendaire au cœur du débat. À nous, désormais, de la poser dans les termes justes — positivement, et au nom de tous : « Êtes-vous favorable à la proposition de loi relative au droit à l’aide active à mourir, telle qu’adoptée par l’Assemblée nationale ? »

Encore faut-il, pour poser cette question, regarder le débat tel qu’il est vraiment. Et disons d’abord ce qui est juste. Le travail parlementaire sur le renforcement de la loi Claeys-Leonetti fut de grande qualité. Il faudra aller plus loin, en s’assurant de la bonne application de cette nouvelle loi. Car la loi Claeys-Leonetti est encore trop peu appliquée. 26 départements sont dépourvus d’unités de soins palliatifs, ce qui pose naturellement la question de la temporalité de l’adoption d’une loi légalisant une aide active à mourir.

En tant que président de Département, je mesure combien il était indispensable de renforcer les capacités d’intervention des équipes mobiles de soins palliatifs, en particulier en Ehpad, de créer des maisons d’accompagnement et de mieux former les soignants. C’est une question d’humanité à laquelle la société doit porter une attention particulière, car elle touche à la beauté de la vie comme à l’incertitude devant le moment de la mort.

Une étape reste à franchir : généraliser les directives anticipées. Pour cela, je propose l’organisation d’un temps de concertation entre la famille, la personne de confiance et l'équipe médicale. C’est le seul moyen de préserver l'équilibre entre la volonté du malade, l’autorité médicale et la détresse des aidants. À nous, élus comme soignants, de poursuivre l’effort de pédagogie pour que chacun connaisse ses droits.

L’aide à mourir touche au socle de notre civilisation

Mais l’aide à mourir est d’une tout autre nature. Ce n’est pas une politique publique parmi d’autres. Elle ne se mesure pas, ne s'évalue pas, ne saurait s’arbitrer comme un budget. Elle engage ce qu’une société dit d’elle-même : son rapport à la vie, à la mort, à la fragilité. Elle touche au socle de notre civilisation. Il n’est donc pas surprenant que les débats parlementaires soient bien moins consensuels.

Si j’avais été parlementaire j’aurais voté contre ce texte. Deux principes doivent alors nous guider, et eux seuls. La liberté individuelle, d’abord : celui qui a décidé de mourir le fera, car cela relève d’un for intérieur où les normes froides de l'État n’ont pas à pénétrer. Nombre de nos voisins européens ont légalisé l’euthanasie ou le suicide assisté ; d’autres choisissent de renoncer aux traitements. La précaution, ensuite : la vraie question n’est pas de savoir si l’individu est libre, mais si l'État doit organiser, dans un cadre qu’il fixe, l’euthanasie ou le suicide assisté. Fixer la règle sans réguler les consciences — voilà l'équilibre. Et c’est l'équilibre le plus difficile qui soit.

Je veux ici admettre une forme d’honnêteté que la responsabilité politique commande rarement : face à la complexité de cette question, si j’avais été parlementaire j’aurais voté contre ce texte. Et c’est précisément cet aveu qui me conduit à dire que ce référendum doit avoir lieu.

La démocratie sortirait grandie d’un référendum sur la fin de vie

Car sur ce sujet, les clivages traditionnels s’effacent. Les lignes traversent les partis, les familles de pensée, et jusqu’aux convictions d’un même homme. Comment, dès lors, exiger d’un parlementaire qu’il tranche seul une question de conscience sur laquelle ses électeurs ne se sont jamais exprimés clairement ? Je ne renie en rien la démocratie représentative, à laquelle je demeure viscéralement attaché, ni les décisions du Conseil constitutionnel. Mais il est des décisions qui dépassent tant le mandat ordinaire que la lettre de la loi et appellent la parole directe du peuple.

Le référendum n’est pas un désaveu du Parlement : c’est un apaisement. Si le oui l’emporte, c’est un texte préparé avec sérieux qui entrera en vigueur, fort de la légitimité populaire. Si le non l’emporte, les Français auront tranché sur ce qu’ils sont. Dans les deux cas, la décision restera, comme il se doit, à l’initiative du Président de la République et entre les mains du peuple — et la démocratie en sortira grandie. Surtout, le débat aura eu lieu : non pour fabriquer de force un consensus, mais pour permettre à chaque sensibilité de s’exprimer, et refermer les plaies au lieu d’en rouvrir dans un pays déjà fracturé.

Une seule mise en garde, pour finir. Que ce débat ne devienne pas l’otage de la campagne présidentielle qui s’annonce. Les questions de fin de vie, de dignité, de protection de nos aînés et de nos proches frappés par la maladie, ne sont pas des armes électorales. Elles ne doivent pas être mises aux enchères d’un scrutin. Elles méritent le calme, la gravité, et la voix de chaque citoyen.

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