Journal d’un Président confiné #6 : survivalisme

Survivalisme. Ce mot à peine entré dans le dictionnaire 2020 n’aura jamais été aussi adapté à l’ère dans laquelle nous sommes entrés depuis plusieurs semaines. Oui nous sommes devenus en quelque sorte des survivalistes. Nous avons répondu massivement aux injonctions nationales, guidées par le principe de précaution, en restant confinés pour enrayer ensemble la catastrophe sanitaire qui a frappé l’humanité. Aujourd’hui la perspective du déconfinement – un mot qui pourra entrer dans le dictionnaire 2021 – a suscité l’impatience et pourrait presque avoir raison des efforts et du civisme fournis jusqu’alors. Pourtant, il va falloir faire preuve demain encore de survivalisme, d’abord pour éviter l’effet boomerang et la deuxième vague du virus tant redoutée, mais surtout pour affronter le séisme économique et social qui nous guette.

Loin de vouloir faire du catastrophisme ambiant, étant plutôt de nature optimiste, je sais néanmoins la brutalité et la gravité de la situation financière de notre pays, entré désormais en récession. La France connaît sans doute la crise la plus forte qu’elle n’a jamais connu de son histoire en temps de paix. J’ose espérer que pour la reprise, nous ne confondrons pas vitesse et précipitation et que nous tirerons quelques enseignements de cette crise pour co-construire ensemble un autre monde, plus respectueux de l’environnement.

En relançant la machine, il faudra éviter un « écroulement », comme indiqué par notre Premier Ministre.  Notre Etat Providence et notre système démocratique nous ont sans doute un peu préservé. En regardant avec un peu de hauteur, il faut en effet mesurer, malgré toutes les imperfections des réponses apportées, la chance que nous avons de vivre en France, dans un pays assez solide pour que l’Etat puisse ouvrir son parachute largement et se porter garant pour nombre de Français en apportant sa caution financière. Dans une société qui accepte de moins en moins le risque, quoi qu’on en dise l’Etat a su nous protéger, malgré son omnipotence et la lourdeur d’un système qui le rend parfois inerte.

Bien évidemment, je mesure les conséquences de cette rupture dans la vie économique et la réalité vécue pour de nombreux concitoyens et entreprises. Certaines mettront plusieurs semaines à se relever.  En Essonne, selon les chiffres transmis par la CCI, alors que 60% des entreprises sont à l’arrêt total, 61% enregistrent une perte de chiffre d’affaires de plus de 50% notamment dans l’hôtellerie/la restauration, les transports et les commerces. Plus inquiétant, 32% craignent une cessation définitive d’activité, ce d’autant plus que l’année 2019 avait déjà été difficile en raison du mouvement des gilets jaunes et des grèves. Le moral est en berne, comme celui des consommateurs d’ailleurs, en témoigne la dernière enquête INSEE. Déjà plus de 60% des entreprises ont fait appel aux aides mises en place par l’Etat, la BPI ou la Région Ile-De-France et 80% envisagent de le faire.

Malgré la loi NOTRe qui l’a privé de sa compétence économique, le Département de l’Essonne veut néanmoins accompagner, sous forme d’aides d’urgence, les professionnels les plus fragilisés par la crise comme nous l’avons déjà fait pour le secteur associatif, mais à destination des petits artisans, commerçants et certains professionnels agricoles. Ces mesures sont à l’étude pour venir en complément des dispositifs existant (Etat-Région). Nous avons le souci aussi de participer, grâce à nos marchés publics, au redémarrage du secteur économique. Déjà, nous avons assoupli nos procédures avec nos propres prestataires en systématisant par exemple les avances de paiement pour résoudre les problèmes de trésorerie.  Nous avons allongé les délais de réponses aux marchés publics en cours et surtout aux délais d’exécution pour ceux commencés. Par ailleurs, nous allons élargir les conditions d’éligibilité de la prime éco-logis pour aider les propriétaires à rénover leur logement, ce qui permettra de soutenir la filière du bâtiment. Enfin, nous voterons également un dispositif complémentaire de soutien aux communes pour les accompagner dans leurs investissements afin que tout le secteur public puisse être acteur de cette relance économique.

De quoi faire en sorte de sortir la tête haute du mode survivaliste et que le déconfinement ne devienne pas un gros mot.

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