JOURNAL D’UN PRÉSIDENT CONFINÉ #5

La place de l’élu face aux questions de déconfinement

L’intervention du Président Macron a clairement changé le ton de cette cinquième semaine de confinement. Si la France s’est glissée gentiment mais sûrement dans une parenthèse obligée, chacun faisant siens les gestes barrières alors que le port d’un masque était encore impensable dans notre société il y a quelques semaines, nous voilà entrés depuis plusieurs jours dans une phase de préparation de l’après. Véritable bouée d’oxygène pour tous les épuisés de cette longue privation de liberté, l’annonce du déconfinement à la date du 11 mai porte aussi en elle les germes de nombreuses interrogations. Des questions redoutables qui se retournent avec d’autant plus d’acuité et de légitimité vers nous élus locaux. C’est d’ailleurs en ces temps de crise que nous nous rendons compte du besoin du politique. Nous devons aborder cette situation avec courage mais en toute humilité et faire preuve d’une grande intelligence collective. Il est de notre devoir d’élus de coordonner les forces, les actions, pour répondre le plus concrètement aux attentes de nos concitoyens et nous diriger vers ce « retour à la normale » qui n’en sera pas vraiment un par nature.

L’enjeu de ce déconfinement est clairement de relancer la vie économique et sociale, très impactée par cette crise, tout en préservant la sécurité sanitaire des Français. Nous avons vu, ces dernières semaines, combien ces enjeux étaient contradictoires, qu’ils menaient parfois à des décisions qui pouvaient être considérées comme des tâtonnements et générer des mécontentements. La situation est inédite et oblige le politique à s’entourer d’avis d’experts parfois éloignés de la réalité du terrain mais guidés par le principe de précaution. Et nous, élus locaux, sommes plus que jamais, pris en étau entre des directives nationales et nos concitoyens qui nous demandent d’agir au plus vite. Il faut pourtant prendre le temps de se poser les bonnes questions.

Le 11 mai, il faudra ainsi porter des masques en nombre. Les chaînes de solidarité, bien que précieuses, seront insuffisantes. Le Département a donc fait le choix d’offrir un masque en tissu par Essonnien. Une décision évidente pour tous mais qui pose derrière quantité de questions pratiques : auprès de qui s’approvisionner ? Comment contrôler le respect de la qualité ? Comment garantir les délais de livraison ? Il faut par ailleurs penser les moyens de distribution, tout en continuant à respecter les gestes barrières, puis cibler les publics prioritaires. Par qui commencer, entre les personnes fragiles qui ont besoin de se protéger face à un virus qui les frappe plus durement et les personnes actives qui vont se confronter aux autres dans les transports en commun puis sur leurs lieux de travail ? Comment assurer la diffusion pour tous, sur la base de quel justificatif ? Comment s’assurer de la composition du foyer ? Chacun voudra son masque tout de suite. Mais quand le chacun représente 1,3 Million de personnes, ce n’est pas aussi évident.

Autre question de taille : qui pourra se déplacer et comment ? L’Ile-de-France concentre 20% de la population, 30% de la richesse française, 50% de l’usage du transport public avec ses 5 millions de voyageurs au quotidien. Le traditionnel chassé-croisé et collé-serré de l’heure de pointe sont inenvisageables. Il faudra donc étaler les flux, continuer à télétravailler, attester de la nécessité de se déplacer. Au cours d’une réunion avec le Ministre des transports, j’ai demandé à ce que la SNCF et la RATP étendent l’offre de transports au-delà des heures de pointe. J’ai par ailleurs demandé à ce que des cars de tourisme soient mobilisés pour transporter des voyageurs notamment en grande couronne.

C’est un ensemble de scénarios qu’il faut dès aujourd’hui prévoir, sur de nombreux fronts. Ce n’est pas chose aisée, car il faut conjuguer nombre d’impératifs contradictoires, mais je suis persuadé que nous trouverons les bonnes solutions, en tous cas les moins mauvaises. Il faut juste accorder un peu d’indulgence à tous ceux qui œuvrent pour l’intérêt général, en faisant de leur mieux, car tout ne sera pas si fluide dès le début. Cette sortie de crise sera progressive. Il faudra l’accepter comme nous avons su nous assigner à résidence, pour nous protéger nous et nos proches.  Chacun doit aussi comprendre que non rien ne sera plus comme avant, notre quotidien va changer. Avec des nouvelles contraintes mais aussi je l’espère un nouveau rapport à la vie qui sera forcément enrichissant. Un rapport où notre action individuelle s’inscrira mieux dans un destin collectif, au nom d’un bien commun qui nous appartient tous : la santé. La nôtre, en tant qu’êtres humains, mais celle aussi de notre planète.

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