Interpréter le choc des civilisations

Dans le billet que je partageais avec vous le 25 juillet dernier, j’évoquais brièvement le Choc des Civilisations, de Samuel Huntington. Après l’avoir lu, je ne peux que vous inviter à le parcourir à votre tour. Écrit il y a plus de 20 ans, il dépeint l’avènement de phénomènes qui bouleversent à présent notre monde.

Dans son ouvrage, Huntington offre un point de vue permettant de mieux comprendre les relations internationales actuelles, profondément bouleversées par les conséquences de l’après 11 septembre. Il affirme qu’avec la fin de la guerre froide, la vision d’un monde bipolaire orchestré par deux idéologies dominantes, communisme et capitalisme, n’a plus de sens. D’après lui, 1991 symbolise la naissance d’un monde multipolaire et multicivilisationnel où ce ne seraient plus les idéologies politiques qui pousseraient les États à s’allier ou à se faire face mais, au contraire, les identités et la culture.

L’ouvrage d’Huntington fait bien-sûr l’objet de nombreuses critiques. Certains lui reprochent notamment de privilégier une lecture religieuse des conflits, en occultant d’autres facteurs, qu’ils soient géopolitiques ou économiques. D’autres estiment qu’il a une vision simpliste en disant que les affrontements les plus graves seraient motivés par les incompatibilités entre civilisations, qu’il décrit comme étant le « mode le plus élevé de regroupement et le niveau le plus haut d’identité culturelle dont les humains ont besoin pour se distinguer des autres espèces ; se définissant à la fois par la langue, l’histoire, la religion, les coutumes, les institutions. »

Avérée ou non, cette conception amène une réflexion sur la nécessité qu’il y a de comprendre les différentes civilisations, de mieux les appréhender, si nous voulons être capables de vivre ensemble sur la durée. Au fond, cela revient à se demander comment nous pouvons faire en sorte que les différences soient une force de cohésion plutôt qu’une source de conflits. Cette interrogation vaut autant pour le monde dans sa globalité que pour notre pays, où le brassage culturel est bien réel.

Cette lecture m’a forcément rappelé celle de Qu’est-ce qu’une nation ? d’Ernest Renan. Il dit que « les nations servent à l’œuvre commune de la civilisation et que toutes apportent une note à ce grand concert de l’humanité. » Pour lui, la Nation vit du « consentement, du désir clairement exprimé de continuer la vie commune. »

Nous avons récemment eu la chance de voir notre pays traversé par une vague d’enthousiasme formidable suite à la victoire des Bleus. La France a ainsi brillé dans ce que Renan appelle le « grand concert de l’humanité ». Au cœur de cet événement il y avait le sport, dans tout ce qu’il a de plus noble : esprit d’équipe, héroïsme (tout relatif bien-sûr) et volonté farouche de dépassement de soi.

Cet élan, nous devons le faire perdurer et faire en sorte qu’il ne soit pas uniquement cantonné au domaine sportif. Les enjeux auxquels notre nation doit faire face nécessitent notre unité. Ils impliquent aussi ce consentement dont parle Renan, ce désir clairement exprimé de continuer une vie commune. Cela doit nous animer plus que jamais.

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