L’État calamiteux du réseau routier national

En France, le réseau routier non concédé (que l’État gère) représente 12.000 km. D’après un audit commandé par le Ministère des Transports, 2.400 km sont gravement endommagés. Si rien n’est fait, ce nombre passera à près de 8.000 km en 2037. Il en va de même pour les 12.000 ponts que compte le réseau : plus d’un tiers nécessite une réfection. Le problème est de taille mais les solutions existent. 

Cela fait au moins dix ans que l’État n’investit pas ce qu’il faut pour l’entretien et la gestion de son réseau routier : il y a consacré en moyenne 666 millions d’€ par an. C’est un sous-investissement comparé aux Pays-Bas, à l’Autriche, à la Suisse ou à la Grande-Bretagne. Cette dernière consacre 80.000 € par kilomètre et par an à son réseau quand la France se situe à un niveau proche de 50.000 €. Si l’on continue à dépenser si peu chaque année, il faudra ensuite investir 1,3 milliards d’€ par an jusqu’en 2037 pour revenir à l’état actuel.

Aujourd’hui, le résultat est connu. Nombre de routes sont en très mauvais état. Comme l’a souligné l’association 40 millions d’Automobilistes, 47 % des accidents de la route sont liés à la qualité des infrastructures routières. C’est un risque inacceptable pour la sécurité des Français. Cela ne fait que confirmer ce que j’ai dénoncé lorsqu’il y a eu le passage brutal aux 80 km/h. La qualité des routes est non seulement importante pour l’attractivité économique de notre pays mais c’est aussi un intérêt politique. Compte tenu de l’étendue de nos territoires, les routes forment un lien essentiel entre les Français.

Nous avons déjà eu l’exemple des conséquences que peut avoir un sous-investissement dans nos infrastructures de transport, notamment ferroviaires. Elles ont longtemps servi de modèle puis ont été partiellement abandonnées. Cette mauvaise gestion a donné naissance à de graves déficiences, engendrant notamment l’accident de Brétigny. Si nous ne voulons pas que ce scénario se reproduise sur les routes que gère l’État, celles-ci doivent cesser d’être une variable d’ajustement budgétaire.

La question qui se pose alors n’est pas de savoir s’il faut investir mais comment investir. La réponse est claire : il est beaucoup plus économique de procéder à un entretien régulier que d’attendre l’apparition de défaillances pour intervenir. Sur la durée de vie totale d’un pont, par exemple, un traitement curatif (réparations ponctuelles pour dommages structurels) coûte environ trois fois plus cher qu’un entretien constant.

J’ai eu la chance de travailler plusieurs mois au Conseil d’Orientation des Infrastructures (COI). Le rapport que nous avons rendu en février 2018 préconise des mesures concrètes qui enrayeraient la dégradation du réseau routier national non concédé. En parallèle, le vote de la loi d’orientation des mobilités (LOM) serait bénéfique à l’état de santé de nos routes, notamment grâce à la mise en place de péages urbains, de vignettes pour les poids lourds et de différentes solutions spécifiques aux territoires peu denses. Il est urgent de voter cette loi et que les crédits nécessaires au bon état des routes soient accordés.

La route est le premier support de déplacement des Français. En Île-de-France, ils sont plus de 4 millions à emprunter chaque jour le réseau routier national non concédé. Maintenant que les remèdes ont été identifiés, le temps n’est plus à l’incantation mais à l’action !

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